Don't you Caire ?

Le Caire et ses rues, le Caire et l'actu. Premiers pas d'un journaliste français venu se perdre dans la capitale égyptienne - Arnaud Saint-Jean -

09 novembre 2005

Sur la voie

Quartier Abdeen - C’est un peu la cohue, à l’entrée du bureau de vote d’Abdine, quartier plutôt populaire du Caire. A l’entrée, les partisans des différents candidats sont omniprésents. La campagne ne s’arrêtera que dans l’isoloir. On distribue des tracts, on s’invective, le tout dans une apparente bonne humeur. Venir voter, c’est aussi sortir pour beaucoup. Les femmes, surtout, semblent enthousiastes. Comme pour les wagons de tête du métro, un espace leur est exclusivement réservé. Un bureau de vote spécial, où parfois le mari a bien du mal à abandonner sa femme. Celui-ci l’accompagnerait dans l’isoloir, s’il le pouvait. Faute de mieux, on rabâche les dernières consignes, au creux de l’oreille. Le manège fait sourire Ahmad Eddine, juge désigné responsable de ce petit bureau de vote : « il pourra lui dire ce qu’il voudra, il ne votera pas à sa place ! »

avot_1La transition démocratique de l’Egypte, Ahmad veut y croire. Pas dupe pour autant, il admet que les irrégularités sont encore nombreuses, mais qu’elles se concentrent désormais essentiellement en amont du vote. « Vous avez vu tous ces partisans à l’entrée ? A vous, ils se contentent de proposer des tracts. Mais pour les habitants du quartier, c’est une autre affaire. On empêche certains de rentrer, on donne les consignes…et puis, que voulez-vous, tout le monde se connaît ici, les réseaux sont faits. » Dans son bureau, le défilé des voiles continue. Assis aux côtés d’Ahmad, deux secrétaires, clope au bec, vérifient les inscriptions les listes électorales. Ce sont eux qui marquent les doigts citoyens d’encre indélébile, une fois le bulletin déposé dans l’urne. Stratagème pour éviter les votes multiples, la marque rouge s’affiche fièrement, à la sortie du bureau.

Nadia, elle, n’y aura pas droit. Elle a beau jurer s’être inscrite sur les listes, son nom reste introuvable. Le cas n’est pas rare : « beaucoup de gens se déplacent pour rien. Il y a ceux qui, en effet, ne se sont pas inscrits à temps ; ceux qui se trompent de circonscriptions ; et puis il y a tous les autres, persuadés d’être en règle, mais aux abonnés absents. C’est bien beau d’inciter les gens à voter, mais il faudrait leur en laisser la liberté » Mais Ahmad garde le sourire. Dans sa circonscription, au moins, la participation semble bonne : à 15h, 30% des inscrits se seraient déplacés. Et quand on sait que le taux de participation, en ville, tourne généralement autour des 15%, on apprécie le score. « Je vous le disais, les choses changent doucement ».

scrutin_1Afficher sa transparence. Voilà qui résume la politique du régime, pour ces élections parlementaires. Deux mois à peine après avoir connu ses premières présidentielles pluralistes, le gouvernement de Moubarak plaide pour la réforme. Depuis deux semaines, les spots télévisés sont diffusés en boucle, pour inciter les gens à aller voter. Le slogan se veut volontariste : « Votre choix vous appartient. Pour l’avenir de l’Egypte » Un haut conseil de surveillance a été créé pour l’occasion, des juges professionnels sont aux commandes dans tous les bureaux de vote, accrochés aux urnes jusqu’au dépouillement, qu’eux seuls peuvent effectuer. A l’intérieur des bureaux de vote, les policiers ont été interdits et un représentant de chaque candidat a le droit de rester sur place, pendant toute la journée. Autre innovation, très symbolique : pour la première fois, les urnes sont toutes transparentes.

Indéniablement, il y a du mieux. Et même si ce n’est pas pour aujourd’hui, même si le Parti National Démocrate (PND) ne se mettra certainement pas en danger sur cette élection, la donne a changé. La question n’est plus vraiment de savoir si l’Egypte est bien engagée sur la voie de la réforme. Non, le point d’interrogation concerne davantage le chemin emprunté et la durée du voyage.

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01 novembre 2005

La multiplication qui fait division

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Le Caire, centre ville - A une semaine du premier tour de scrutin, dans la région du Caire, c'est le printemps électoral. Partout, les affiches fleurissent et les banderoles bourgeonnent. Sauf que le temps des premiers amours semble bien loin. Les belles alliances se défont au rythme des trahisons internes et c'est malheureusement l'opposition qui en souffre le plus. D'après un journaliste de l'AFP, qui connait bien la scène politique égyptienne, l'opposition serait victime de son manque d'organisation et des nombreuses luttes internes qui la déchirent. Un phénomène que l'on peut aisément comprendre, quand on se penche sur la composition du fameux National Front for Change (NFC), qui réunit un spectre de partis extrêmement éloignés, tant dans leurs structures que dans leurs convictions. La volonté d'opposer un adversaire unique au PND de Moubarak ne résisterait pas aux divergences idéologiques et aux ambitions personnelles. Résultat, le Front ne serait uni que sur la papier et l'on sait déjà que dans de nombreuses circonscriptions, ils seront plusieurs candidats du Front à s'affronter.

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Mais la division n'éloigne pas que les partis entre eux. Elle ronge les différents groupes de l'intérieur. L'exemple du parti Ghad ("Demain") est éloquent. Fort d'une certaine popularité et emmené par un leader qui aurait frôlé les 10% lors des dernières présidentielles, le parti libéral ne semble pas en mesure d'assumer ses propres ambitions. Pas plus épargné que les autres, Le Ghad d'Aymane Nour devra faire face à une dissidence interne, depuis qu'un groupe de 65 candidats a fait sécession, pour se présenter en dehors du parti. Des dissidents internes qui reprocheraient à Ayman Nour sa gestion "dictatoriale". Il n'empêche que ces candidats se présenteront quand même sous l'étiquette du Ghad. Confusion assurée pour les électeurs - et notamment ceux qui verront s'affronter deux candidats du Ghad dans la même circonscription! - et risque supplémentaire de voir l'opposition, dans son ensemble, en payer le prix.

dscn1458Toujours dans le rang de l'opposition, les Frères Musulmans innovent : "interdits mais tolérés" comme toujours, ils ne cachent cependant plus leur appartenance, affichant clairement celle-ci sur leurs affiches et dans leurs slogans. "L'islam pour l'avenir", une phrase que l'on n'aurait pas pu lire si clairement il y a cinq ans. Toujours selon le journaliste de l'AFP, cette relative  clémence du pouvoir, envers les Frères, pourrait bien être purement stratégique : en les laissant s'afficher plus ostensiblement, mais en s'assurant de leur défaite, le pouvoir pourrait ainsi les décrédibiliser publiquement. "Nous vous avons laissé une grande liberté, vous avez pu vous afficher...voilà le résultat". A voir.

Diviser pour mieux régner. Le principe a fait école depuis longtemps. Et s'il n'est même plus besoin de pousser à la division, parce que l'adversaire s'en occupe lui-même, alors la situation du leader devient plus confortable encore.

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24 octobre 2005

L'échiquier égyptien

Petit tour d’horizon des principales forces politiques engagées dans les législatives. A noter que les listes définitives seront validées ce mercredi, marquant du même coup le début officiel de la campagne.

Le Parti National Démocrate (PND) - C’est le parti au pouvoir du président Moubarak. Seul parti à présenter des candidats dans chacune des 444 circonscriptions, le PND traverse actuellement une situation interne délicate. En présentant 444 candidats pour ces élections, le PND s’est surtout vu contraint de choisir entre plus de 2000 candidats potentiels. Les “exclus” de la liste finale clament maintenant leur colère de ne pas avoir été retenus et bon nombre d’entre eux menacent de se présenter en tant qu’indépendants. Cette situation s’était déjà présentée lors des législatives de 2000. A l’époque, le PND n’avait obtenu que 37% des sièges et avait du rappeler ses “dissidents” pour s’assurer la majorité au sein de l’Assemblée du Peuple (Parlement). Mais cette année, les jeunes cadres du PND (à la tête desquels on trouve Gamal Moubarak, fils du président et, selon beaucoup, successeur tout désigné) ont appelé à l’exclusion définitive de tous ceux qui se présenteraient comme indépendants.

Une situation pas inédite, donc, mais qui place le PND dans une situation délicate: cette année, l’opposition lui proposera une résistance certainement plus dangereuse qu’il y a 5 ans. Surtout que, selon l’hebdomadaire indépendant Al-Ahram, certains déçus du PND seraient approchés de près par les partis d’opposition, notamment par le parti Al-Ghad d’Aymane Nour (voir plus bas). Et, en admettant que l’appel à l’exclusion des “dissidents” soit entendu, alors le PND ne pourra se retourner, pour emplir les sièges qui lui manqueraient.

Autre conséquence – et pas des moindres – de cette division du PND : dans de nombreuses circonscriptions, on risque d’assister à des duels PND vs PND (étiqueté indépendant). Pas vraiment idéal pour le pluralisme… A noter, pour la petite histoire, que le PND présente 6 femmes (contre 13 en 2000) et un seul Copte (l’actuel ministre des Finances, Youssef Boutros Ghali)

Les Frères Musulmans – Toujours « interdits mais tolérés », les Frères devraient présenter entre 150 et 170 candidats, sous étiquette indépendante. Une sacrée hausse, par rapport à 2000, où les Frères n’avaient présenté que 90 candidats, ramassant 17 sièges au Parlement. Apparemment mis en confiance par le contexte politique d’après-présidentielles, les Frères comptent bien faire exploser ce score. Selon eux, si les élections étaient réellement indépendantes, ils obtiendraient facilement la majorité absolue. Toujours selon Al-Ahram, la stratégie des Frères serait d’éviter au maximum des confrontations directes avec les candidats du PND, dans les circonscriptions les plus importantes, afin de se protéger d’éventuelles pressions et mesures restrictives. Confiants dans leur assise populaire, les Frères viseront certainement les circonscriptions plus reculées. Au rang des candidats des Frères, on trouverait … une femme (une « Sœur » !)

Al-Ghad – Littéralement traduit « Demain », Al-Ghad est le parti libéral emmené par Aymane Nour. Fort du joli score de son leader aux présidentielles de septembre (Nour y aurait obtenu 10% selon les résultats officiels), Al-Ghad aborde ces élections en pleine confiance. D’ailleurs, le parti libéral ne participe pas à la grande coalition d’opposition, spécialement créée pour les législatives (le National Front for Change, voir plus bas). Al-Ghad devrait donc présenter environ 250 candidats, présents dans 90% des circonscriptions.

National Front for Change (NFC) – Cette coalition des forces de l’opposition regroupe une dizaine de groupes politiques, spécialement réunis à l’occasion des législatives. Emmené par Noamane Gomaa, président du parti Néo-Wafd et candidat lors des dernières présidentielles, le NFC puise sa raison d’être dans une volonté de ne pas diviser l’opposition au PND. Sa stratégie consistera à ne présenter qu’un seul candidat commun, dans les circonscriptions les plus importantes. En tout, environ 220 candidats représenteront le NFC. En autres, on y retrouve donc le parti Néo-Wafd, les Nassériens, le mouvement Kefaya !, des partis mineurs comme Al-Karama (Dignité) et mêmes quelques islamistes modérés. Une coalition qui aimerait bien faire plus qu’arbitrer le duel annoncé PND/Frères Musulmans.

Posté par ArnoSJ à 19:58 - Les législatives - Commentaires [2] - Permalien [#]

Législatives, mode d’emploi

Les législatives égyptiennes s’étaleront sur un mois, du 9 novembre au 7 décembre prochains. L’Assemblée du Peuple (le Parlement) compte 454 députés, dont 10 sont directement nommés par le président. C’est donc 444 sièges qui seront disputés par les candidats, pour un mandat de 5 ans. Le scrutin est organisé en deux tours.

Le pays est divisé en 3 zones électorales, entre lesquelles le vote n’aura pas lieu en même temps. C’est la zone comprenant entre autres le Caire, qui votera en premier (9 et 15 novembre)

Posté par ArnoSJ à 18:27 - Les législatives - Commentaires [0] - Permalien [#]
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